YACHTS

Mettre les voiles avec Guillaume Rolland

À la tête du département yachting du Studio Liaigre, Guillaume Rolland, un marin expérimenté, est aussi au taquet à bord de son voilier  britannique « Mallard of Chet » au charme d’antan.

« Larguez les amarres » ça inspire quoi ?

Être sur un bateau, c’est la liberté ! Les vraies vacances ! Cela permet de se vider la tête mais sans oublier que naviguer demande une concentration permanente et de la rigueur… C’est très contemplatif, on s’offre un paysage qui est le nôtre. C’est aussi très plaisant de combiner le sport de la voile avec la visite de lieux culturels, les ballades, les points de vue uniques… Un privilège, un luxe accessible uniquement par la mer.

Vivre à bord ?

C’est un élément fédérateur pour rassembler la famille, les copains… Un moment de vie commun que l’on partage au quotidien, sans échappatoire lors d’une traversée en mer. C’est la différence entre une maison et un bateau.

L’histoire de votre bateau ?

Ce voilier de 9 mètres se prénomme « Mallard of Chet » ; c’était celui-ci et pas un autre ! Il est resté dans son jus, je n’ai rien changé, ni son nom. Dessiné par l’architecte naval britannique John Laurens Giles, c’était un bateau très populaire dans les années 1950 et 1960 au Royaume-Uni. Le modèle d’origine s’appelle Peter Duck. J’aime son côté patiné, tout en bois vernis d’iroko, un classique vintage qui raconte l’histoire d’un objet ancien. Conçu pour partir en croisière en famille, il répond parfaitement au cahier des charges de confort et de stabilité, avec des mouvements plus lents car plus lourd. Quand on navigue, on sait comment ça fonctionne : la gîte ; se caler ; ne pas avoir l’impression qu’on va valser au premier coup de mer… Et arriver vite pour prendre l’apéro dans une petite crique !

L’art de vivre à bord ?

Ce n’est pas grand mais c’est suffisant pour quatre personnes avec les chiens. « Le sens du détail et l’organisation sont les maîtres mots ». C’est tout un programme et des habitudes bien rodées ! On déplie une petite table sortie de sa housse, le cockpit se transforme en petite salle à manger de 2m x 1,50m, on dresse un joli couvert… C’est la dînette avec toute la famille, un moment magique, avec le vent qui se cabre, le soleil qui rentre sur le côté, un mouillage de rêve, la couleur de la mer, les merveilles de la nature, les dauphins… À bord, l’espace est millimétré et le bar mesure 30 x 30 cm. Nous avons élaboré une carte de cocktails très précise à base d’agrumes, comme le Ti’punch avec du citron vert et du rhum, ou du Campari et gin pour les Negroni. Au menu des pâtes, accompagnées de palourdes ou de sauce tomate ; des tartinades beurrées de bons produits comme du homard, du foie gras, des crevettes… Et quand vient le moment délicieux de la sieste, après un bon déjeuner bien arrosé, une douce torpeur vous plonge dans les bras de Morphée, bercés par le mouvement du bateau qui dodeline. C’est une petite roulotte sur mer…

L’objet indispensable ?

« Rebecca », le livre de Daphné Du Maurier que je n’ai jamais lu mais qui est à mes côtés ; c’est un joli livre vintage que j’adore, que je lirai lorsque je trouverai le temps.

Les points communs entre un petit bateau et un yacht?

Ce n’est pas la taille qui compte, c’est la manière dont on l’utilise. Pour moi, le plaisir est le même de concevoir un 70  mètres ou de naviguer sur mon voilier de 9 mètres… Si hier le yacht faisait partie d’une certaine panoplie, tel un trophée, un signe extérieur de réussite, aujourd’hui il est synonyme de liberté, de plaisir. On y partage un moment de vie ensemble.

La sagesse du marin ?

Plus on navigue plus on prend conscience des dangers de la mer. Chaque année je diminue mes ambitions de navigation pour la sécurité et la quiétude de l’esprit ; une forme de sagesse peut-être !

Cabotage ou longue traversée ?

Plutôt cabotage. « Mallard of Chet » est amarré en Bretagne, près de Saint-Malo, et nous faisons de petites virées dans les îles comme Bréa. Une fois trouvé l’endroit idéal, on jette l’ancre pendant plusieurs jours et on prend l’annexe pour aller dîner à terre, se balader sur le chemin du littoral, découvrir des coins secrets, jouer à Robinson Crusoé. C’est très amusant et complémentaire de la croisière.